Editions De L'aire

  • A travers ce roman particulièrement éclairant sur la condition humaine, C. F. Ramuz s'attaque à l'idéologie communiste et ultralibérale qui dénigrent délibérément la nature de l'homme. Car que va-t-on faire de tous ces hommes disposant de nombreuses heures de temps libre ? Nous allons les cultiver et les distraire, répond le monde moderne. Mais il parle bien de cultiver l'homme, et non de l'homme qui se cultive par lui-même. Cette culture est donc passive et n'a rien de vécue. Elle passe à côté des grands questionnements essentiels. Selon Bastien Veuthey, l'oeuvre de Ramuz est un signal à cette humanité qui n'a jamais autant écrit, qui n'a jamais autant lu, qui n'a jamais été autant cultivée mais qui n'a jamais été si « fausse » Passage du Poète, un roman ambitieux qui unifie la poésie et le sens de la vie en donnant la parole à des gens simple dans un décor magnifique,comme si la beauté et la spiritualité était enfin réconciliée. Passage du Poète a fait l'objet de versions légèrement différentes. En 1929, il a paru sous le titre de Fête des Vignerons. Pour cette édition, nous avons opté pour la version de 1941 parue chez Mermod et revue par l'auteur, et repris les notes de Michel Dentan publiées dans la Bibliothèque romande.

  • De la Baie des Trépassés, en plein Finistère, aux rives de Saint-John, dans le Nouveau- Brunswick, en passant par Paris, Liverpool, Boston et Montréal, la famille de Gwellaouen et Kaelig, d'Enor et de Marius enchaîne les voyages à travers l'océan. De la fin du 19 e siècle au milieu du 20 e siècle, ils affrontent ainsi, successivement, les falaises de l'abandon, les tempêtes de la guerre et les marées de l'espoir pour se jeter avec fougue vers de nouvelles vies pleines d'idées, de coeur et de justice. D'une chaloupe sardinière aux gratte-ciel des avocats, d'une longère de paysan aux bâtiments de brique rouge de l'université, des pontons vaporeux des paquebots aux océans de boue des tranchées, de la peine de mort aux joies de l'existence, ils se lancent dans toutes les traversées. Sous le regard constant de la mer, porteuse de leurs rêves mais aussi, par la vague la plus forte, des secrets de leurs origines.

  • Naissances

    Collectif

    Il y a quarante ans naissaient les Éditions de l'Aire et pour fêter cet heureux évènement, nous avons demandé à quarante amis d'écrire un texte sur la naissance. Rarement, un livre collectif nous aura procuré autant de plaisir : une aire de liberté où l'on découvrira toutes les facettes du plaisir et du gai savoir en passant d'une naissance d'une abeille à la naissance de la psychanalyse. Bien évidemment, les mères nous ont fait part de leur accouchement, moment où la douleur se confond avec l'émerveillement.

    Raphaël Aubert, Alain Bagnoud, Bertrand Baumann, Arthur Billerey, Nicolas Bokov, Xochitl Borel, Anne Bottani-Zuber, Eric Bulliard, Alain Campiotti, Jacques Cesa, Raymond Delley, Philippe Dubath, Jon Ferguson, Françoise Gardiol, Valérie Gilliard, Anaïs Hébrard, Blaise Hofmann, Marie Houriet, Karim Karkeni, Harry Koumrouyan, Pierre Yves Lador, Alphonse Layaz, Isabelle Leymarie, Annik Mahaim, Françoise Matthey, Cyril Méan, Béatrice Monnard, Michel Moret, Damien Murith, Baptiste Naito, Cédric Pignat, Jacques Pilet, Gilbert Pingeon, Anne Pitteloud, Thierry Raboud, Ivan Salamanca, Pierre Smolik, Lolvé Tillmanns, Michel Vogler, Véronique Wild.

  • Aline, dix-sept ans, se laisse entraîner dans un amour qui l'arrache à la vie modeste qu'elle mène avec sa mère. Mais Julien, fils de bonne famille, ne tarde pas à se lasser. Lorsqu'elle lui annonce attendre un enfant, il n'a qu'une réponse - « Eh bien, tu n'es qu'une grosse bête ; ça ne me regarde plus » - et noue la tragédie. Inoubliable premier roman, "Aline" a la force et la singularité de l'oeuvre à venir. S'il situe son histoire dans la campagne vaudoise, Ramuz touche déjà à l'universel. Surtout, il bouscule la langue et bouleverse la littérature. La présente édition contient "Adieu à beaucoup de personnages"(1914), qui met un terme au premier pan de l'oeuvre.

  • Durant l'été 1935, alors qu'elle traversait une crise morale aiguë, Annemarie Schwarzenbach séjourne avec des amis anglais dans un camp de tentes installé dans la haute vallée du Lahr non loin de Téhéran.
    C'est ce séjour qui, quatre ans plus tard, lui inspira La Vallée heureuse, un récit qu'elle prêta à un narrateur masculin. La découverte d'une région grandiose mais inhospitalière, la solitude, la rupture avec la société bourgeoise, la recherche de sa propre identité, l'amour, la mort, la fascination de la drogue - tels sont les principaux thèmes de ce texte bouleversant, traduit pour la première fois en français par Yvette Z'Graggen.

  • Dire que Letmý sneh (Neige d´été) est un livre sur la maladie d´Alzheimer ou celui d´un glissement lent et irréversible vers la démence serait trop facile. Letmý sneh (Neige d´été) est avant tout un livre sur la perte - de la mémoire, de nos proches. C´est une histoire racontée de manière virtuose et malgré la difficulté du thème, nous fait l´effet d´un magistral et habile jeu de l´esprit. De courts chapitres numérotés (de 1 à 5), marqués de lettres de l´alphabet nous engagent, du point de vue de l´histoire, de manière chronologique mais pour lentement mieux l´abandonner. Le lecteur retourne à des pages déjà lu, cherche et très vite trouve comme un bout de ficelle, qu´il tire pour aller plus loin. A ce jeu là, on se laisse prendre à l´humour « sérieux » de l´auteur, qui ne relève pas du comique de situation, mais de la connaissance profonde de l´absurdité humaine, qui tâtonne dans la complexité et qui n´est rien d´autre, qu´un monde grotesque.

  • Ils sont âgés de vingt ans à peine quand ils se rencontrent à bord de «l'Impératrice des Indes », un vaisseau traversant l'Atlantique pour la première fois. Il y a Raffy, rouquin et bruyant, Gaspard le Genevois mélancolique et Ali qui a été chassé de son pays. Ensemble, ils abordent une nouvelle étape de leur vie, bousculés entre l'adolescence et la maturité. De leurs familles ils cherchent à s'éloigner, « car, en réalité, trop d'affection les liait, à la manière d'une corde, rêche et douce à la fois, dont il fallait apprendre à défaire les noeuds. » En treize chapitres, le roman déploie sa polyphonie et rassemble les morceaux du puzzle. Apparaissent alors un père sans scrupules, une chanteuse d'opéra, un journaliste persécuté, un médecin arménien, un violoncelliste soudain dans l'incapacité de jouer. Et, en surplomb de ces personnages, Maria Encarnacion del Rio veille, attentive, brutale, chaleureuse.

  • Oostduinkerke

    Claire May

    Assise. La dune dans mon dos et devant - brune et cavalière - la mer du Nord. Je crois que c'est comme ça qu'il me faut commencer mon récit. Avec ces phrases, cet incipit. On dit que les premiers mots ont de l'importance. Je ne sais pas quel est l'intérêt des miens. Ils plantent les racines d'un décor - le sable, l'eau et le sel. Ils ne disent pas grand-chose d'autre que mon corps allongé dans les dunes. Je regarde le ciel. Il est bleu. Bleu opaque et lisse. Bleu d'été. Bleu insolent. D'habitude, on ne décrit pas le caractère des couleurs. Le bleu est indigo ou marine, un point c'est tout. Mais peu importe. Un ciel d'été en Belgique, il faut lui donner de la substance. Il est trop rare pour être coincé dans des mots vides - ou pire : dans le silence.

  • Le Repos du cavalier parut en 1958 à la Bibliothèque des Arts fait partie de ces recueils de prose " construits dans le mouvement d'une errance qui se voulait disposition à percevoir (C.
    Jéquier). Avec son exigence de beauté et sa langue épurée, Gustave Roud tire le lecteur vers le haut, là où baigne le silence et l'harmonie. Parmi ceux qui vivent, parmi ceux qui jouent à vivre, les hommes dont on n â que faire, qui ne servent à rien, les inutilisable, attendent à l'écart, une question perpétuellement aux lèvres, qu'ils ont toute la vie pour poser. Les uns attendent la mort comme une réponde ; d'autres, le temps d'un éclair, sentent en eux-mêmes cette réponde confusément s'ébaucher, puis le silence retombe.

  • Près de Rafah, on déloge des Arabes. Le tiers de la bande de Gaza se vide. L'an prochain, il y aura de la place pour loger 75 000 Juifs. Les Arabes vivent encore dans des camps de réfugiés. Ils dépendent de la charité internationale. Ils songent à leur maison, à la terre perdue. A certains d'entre eux, on fournit du travail, on demande de construire le pays de ceux qui occupent leur sol. Le pays est petit. Pas un jour sans que, sur leur passage, les ouvriers ne voient ce qui fuit un jour leur terre. Parfois, ils tuent. Parce qu'ils sont vaincus, les représailles sont terribles. On démolit des maisons. On détruit des villages.

  • Amertume, révolte, amour pour sa vallée et aversion à l'égard de la ville, superstition, chasse aux sorcières d'hier et d'aujourd'hui : à travers ces treize récits-mosaïques qui font partie d'une manière ou d'une autre de la trame des deux romans : Le Fond du sac et Requiem pour tante Domenica - oeuvres majeures de l'écrivain tessinois - c'est le cheminement littéraire de Plinio Martini qui nous est révélé. Le titre du recueil est celui d'un des textes et il exprime une ambivalence présente partout parce que tout « ressasse une vieille douleur et une nouvelle révolte », la protestation émue ou ironique contre un petit monde saturé de préjugés et de violence, et l'invincible amour pour les aspects organiques de ce même monde civil et religieux en voie de disparition. La traduction et la préface de Marie-Claire Gérard-Zai restituent et éclairent magnifiquement le monde de Plinio Martini.

  • Roman d'introspection dune grande finesse littéraire, dans le sillon de la grande tradition juive de Vienne du XXe. Confession romanesque d'un personnage mutilé par la disparition de sa mère et par sa rupture amoureuse.

    « Lentement, l'image que je gardais de ma mère se dissout sous l'effet de l'oubli et du doute, sans que pour autant je parvienne à reconstituer une nouvelle image d'elle. Il ne reste plus que des fragments épars, marqués du nom de ma mère, mais peut-être en va-t-il ainsi, et ce n'est que lorsqu'il n'y a plus d'histoire racontable que l'on sait que quelque chose est réel ou susceptible de le devenir. La question, le plus souvent, n'est pas ce qui fut, mais ce avec quoi on peut continuer à vivre. »

  • "L'esprit des tempêtes" est l'un des romans les plus représentatifs de Maurice Zermatten. Dans son Journal, il écrit que ce récit se situe entre le réalisme noir et la légende insaisissable. Le héros, Jean- Pierre Gaudin, est non seulement guérisseur, mais il est aussi sorcier et il règne sur les villageois en leur lançant des sorts dont il sera le bénéficiaire. Mais, suite à divers concours de circonstances, il paiera lourdement le forfait de ses impunités et c'est là que la magie de l'écriture Zermatten intervient, que le fantastique embrase le réel : « Quand il fut seul avec Jean-Pierre : - Je vais brûler cette maison du péché. Après la liberté te sera rendue. Mais souviens-toi que tu n'as plus de pouvoir et je veille. L'allumette flamba. Les poutres s'embrasèrent comme de la paille. Une fumée jaune monta. La vallée attentive regardait.»

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