Gallimard

  • Demain la Chine : guerre ou paix ? Nouv.

    Développement économique vertigineux, montée en puissance impressionnante, modernisation militaire sans précédent, passions nationalistes souvent incandescentes, confrontation de plus en plus intense avec les États-Unis, tous ces ingrédients connus semblent conduire immanquablement la Chine à la guerre.Les causes immédiates d'un conflit armé ne manquent pas:les prétentions de Pékin en mer de Chine du Sud, le conflit territorial sinojaponais autour des Senkaku (Diaoyu) et surtout la volonté farouche de Xi Jinping de réunifier Taiwan à la République populaire constituent les principaux barils de poudre qui peuvent à tout moment exploser. De fait, les prédictions d'un affrontement militaire dans le détroit de Formose d'où la Chine sortirait vainqueur se multiplient.Pour l'heure, ce que l'on observe avant tout est une utilisation de plus en plus fréquente par le gouvernement chinois de ce qu'on appelle les «zones grises» entre la paix et la guerre. Cette stratégie s'est étendue, en 2020, à la longue frontière sino-indienne. Ce nouveau modus operandi permet aussi à l'Armée populaire de libération (APL) et aux autres agences de sécurité chinoises d'améliorer leur capacité de projection de forces et leur préparation au combat. Mais les enjeux d'une guerre ouverte, et pas uniquement avec les États-Unis, restent énormes, incitant l'APL à d'abord envisager des «opérations extérieures» plus limitées et moins dangereuses.Pour ces raisons, bien que nul ne puisse contrôler les passions humaines, et sans pour autant exclure l'irruption de crises militaires, la Chine et les États-Unis s'orientent plus vers une guerre froide d'un nouveau type que vers une guerre chaude qui pourrait rapidement se nucléariser.

  • Depuis plus de vingt ans, Daniel Cordier a entrepris la rédaction d'une somme sur Jean Moulin dont les trois premiers tomes (parus chez J.-Cl.
    Lattès en 1989 et 1993) ont fait date dans l'historiographie de la Résistance. Jean Moulin, la République des catacombes, n'est pas le quatrième tome de cette biographie. Il s'agit d'un travail entrepris à l'occasion du centenaire de la naissance de Jean Moulin, en vue d'offrir à la fois une synthèse complète des connaissances acquises sur l'inconnu du Panthéon et un grand nombre de documents inédits concernant le pan d'histoire dont il fut l'un des acteurs essentiels.
    La mission de Jean Moulin dura dix-huit mois, entre sa nomination et sa mort : dix-huit mois au coeur des cinquante mois d'occupation. L'intérêt et l'originalité du présent volume résident dans la mise en perspective de cette mission, rattachée pour la première fois à tout ce qui la précède et la fonde, et surtout à ce qui la prolonge, depuis le drame de Caluire jusqu'à la Libération - et bien au-delà.
    La première partie du livre analyse la nature et le déroulement de la mission du délégué personnel du général de Gaulle en France. Chargé d'unifier une résistance intérieure encore éclatée et balbutiante, il lui faudra aussi tenir compte de tout ce qui sépare ces mouvements disparates de la France Libre, constituée en force politique et militaire à Londres. Dissensions idéologiques, luttes d'influence, conflits personnels : déjà l'après-guerre se prépare.
    Daniel Cordier, acteur devenu historien, éclaire cette période de façon inédite, faisant ressortir des figures légendaires comme celles de Pierre Brossolette ou du colonel Passy dans leur conflit avec Moulin, ou celle, obscure, de René Hardy, dont le procès, minutieusement analysé ici, révèle a posteriori les enjeux de la Résistance. Une large place est réservée à la tragédie de Caluire. La seconde partie est consacrée à l'héritage de Jean Moulin, pour la première fois révélé à travers les violentes querelles qu'il suscita au sein de l'état-major de la Résistance et de la France Libre.
    Pourquoi Brossolette, par exemple, fut-il éliminé de la succession de Moulin ? Cette énigme trouve ici sa réponse. D'autres figures essentielles mais moins connues apparaissent dans toute leur grandeur : celle d'André Philip ou encore celle de Jacques Bingen, qui illustre par son action et son martyre les déchirements de l'après-Moulin. Enfin, un long " Post-scriptum " apporte une réplique vigoureuse et documentée aux récentes polémiques.
    Nul n'était mieux placé que Daniel Cordier pour faire le tableau en grand et en détail des drames et des rivalités qui ont dicté les enjeux de la Libération.

  • Nul n'était aussi bien armé que François Dosse pour relever le défi : une histoire panoramique et systématique de l'aventure historique et créatrice des intellectuels français de la Libération au Bicentenaire de la Révolution et à la chute du Mur de Berlin.

    Son Histoire orale du structuralisme en deux volumes, son attention à la marche des idées, ses nombreuses biographies (Michel de Certeau, Paul Ricoeur, Pierre Nora, Cornelius Castoriadis) lui ont donné une connaissance assez intime de la vie intellectuelle de la seconde moitié du XX e siècle pour lui permettre de couronner son oeuvre par une tentative de cette envergure.
    S'il fallait résumer d'un mot l'idée générale qui porte cet ensemble, on pourrait dire que l'on passe de la période dominée par l'épreuve de l'histoire, l'influence du communisme et ses désillusions à une période dominée par la crise de l'avenir et l'hégémonie des sciences humaines. Mais cette idée porteuse ne rend pas compte de l'incroyable richesse de ces volumes, où l'on passe du féminisme à l'écologie, de la guerre d'Algérie à celle du Vietnam, du nazisme au patrimoine... Même ceux qui ont vécu la période et en furent parfois les acteurs en apprennent davantage.

    Le premier volume, de 1944 à 1968, couvre les années Sartre et Beauvoir et leurs contestations, les rapports contrastés avec le communisme, le choc de 1956, la guerre d'Algérie, les débuts du tiers-mondisme, l'irruption du moment gaullien, et sa contestation.
    Ce ne sont là que quelques-uns des points de repère de cette saga, qui représente une des périodes les plus effervescentes et créatrices de cette époque qui passe de Marx à Nietzsche, de Sartre à Lévi-Strauss et Foucault, de Freud à Heidegger. Une des périodes les plus extraordinaires, tragiques et parfois comiques, que la France a connues.

  • Nul n'était aussi bien armé que François Dosse pour relever le défi : une histoire panoramique et systématique de l'aventure historique et créatrice des intellectuels français de la Libération au Bicentenaire de la Révolution et à la chute du Mur de Berlin.
    Son Histoire orale du structuralisme en deux volumes, son attention à la marche des idées, ses nombreuses biographies (Michel de Certeau, Paul Ricoeur, Pierre Nora, Cornelius Castoriadis) lui ont donné une connaissance assez intime de la vie intellectuelle de la seconde moitié du XXe siècle pour lui permettre de couronner son oeuvre par une tentative de cette envergure.
    S'il fallait résumer d'un mot l'idée générale qui porte cet ensemble, on pourrait dire que l'on passe de la période dominée par l'épreuve de l'histoire, l'influence du communisme et ses désillusions à une période dominée par la crise de l'avenir et l'hégémonie des sciences humaines. Mais cette idée porteuse ne rend pas compte de l'incroyable richesse de ces volumes, où l'on passe du féminisme à l'écologie, de la guerre d'Algérie à celle du Vietnam, du nazisme au patrimoine... Même ceux qui ont vécu la période et en furent parfois les acteurs en apprennent davantage.
    Le second volume, 1968-1989 va de l'utopie gauchiste, de Soljenitsyne et du combat contre le totalitarisme à la « nouvelle philosophie », l'avènement d'une conscience écologique, la désorientation des années 80.
    Ce ne sont là que quelques-uns des points de repère de cette saga, qui représente une des périodes les plus effervescentes et créatrices de cette époque qui passe de Marx à Nietzsche, de Sartre à Lévi-Strauss et Foucault, de Freud à Heidegger. Une des périodes les plus extraordinaires, tragiques et parfois comiques, que la France a connues.

  • L'histoire du phénomène religieux, social et politique désigné sous le nom de Croisades se divise en deux époques bien distinctes : la première (de 1096 à la fin du XIIè siècle) comprend la conquête de la Terre sainte, la fondation du royaume franc d'Orient, la chute de ce royaume ; la deuxième (1202-1270) comprend les tentatives de reconquête des Lieux saints, toutes avortées ou détournées de leur but initial : la conquête de Constantinople, les croisades d'Egypte.


    Le présent ouvrage traite de la première époque des Croisades. L'auteur essaie d'expliquer les origines du mouvement et les rapports entre l'Occident latin et les deux grandes civilisations orientales : Byzance et l'Islam. Il étudie l'histoire du royaume latin de Jérusalem, ce curieux Etat franc, qui, né du plus brutal esprit de conquête, fut un instant sur le point de devenir un médiateur entre l'Orient et l'Occident.


    A une époque où la religion était inséparable de la politique, le petit royaume latin était voué, par sa situation, à subordonner la religion à la politique, et fut détruit par l'affrontement de deux fanatismes religieux qu'il avait en partie provoqués. La principale victime des Croisades fut Byzance, prise dans un étau entre l'impérialisme turc et l'impérialisme franco-normand camouflés en guerres saintes.


    En détruisant la puissance byzantine et en favorisant l'éveil du panislamisme, les Croisades furent une entreprise néfaste pour la chrétienté - mais, sur les ruines d'un Orient chrétien trahi et dépouillé, la chrétienté latine consolidait sa propre puissance et, à ce titre, les Croisades restèrent une page " glorieuse " de l'histoire de l'Occident.

  • Il s'agit au départ d'une thèse sur la police politique en Europe de l'Est réalisée grâce a l'ouverture des archives de la Stasi et des archives de Varsovie sur lesquelles l'auteur a pu travailler. Le problème historique est clair : comment le modèle policer russe de la Tchéka puis du KGB a pu s installer dans les pays au-delà du rideau de fer et constituer un réseau international.
    Produit de la Guerre froide, née de la volonté de l'URSS de coordonner l'activité des polices politiques communistes, l'Internationale tchékiste s'enracine dans une idéologie soviétique inventée au milieu des années 1920 à la mort du fondateur de la Tchéka, Felix Dzerjinski.
    Le tchékisme se caractérise par sa capacité de transferts vers les démocraties populaires après 1945 et par sa résilience idéologique. A plusieurs reprises dans le temps, il s'est réactualisé après la mort de Staline sous la houlette des différents chefs du KGB (dont Youri Andropov) avant d'être de nouveau mobilisé par le pouvoir exécutif dans la Russie post-soviétique à partir du milieu des années 1990.
    Dans le même temps, la permanence du tchékisme et de la figure du « Tchékiste » contraste avec les multiples dénominations qui se sont succédé pour désigner la police politique soviétique : de la Tcheka au FSB en passant par la GPU, SOGPU, le NKVD, le MBG et le KGB.
    Si chaque police politique défendait clairement des intérêts nationaux (relatifs à la question de la surveillance des frontières, de la lutte contre certains « ennemis »), ces derniers pouvaient parfaitement être compatibles avec un intérêt commun supérieur liant les membres du bloc de l'Est (mise en place de normes communes de sécurité dans les aéroports, harmonisation des contrôles aux frontières, coordination des politiques de lutte contre le terrorisme international...).
    Au lieu d'opposer schématiquement les dimensions internationale et nationale, il est préférable au contraire de les associer dans le cadre d'une analyse à l'échelle d'un espace géopolitique - le bloc de l'Est - encore trop souvent marqué par des clichés hérités de la Guerre froide.

  • Tous les enfants chinois apprennent ces deux vers du poète du VIIIe siècle Li Bai : « Levant la tête, je contemple la lune brillante / Courbant la tête, je pense au pays natal. » Mais quel était le « pays » de Simon Leys, qui fut partagé entre la Belgique, où il est né, la France, où il a publié et connu les temps forts de sa vie intellectuelle, l'Australie, où il a trouvé les conditions idéales pour concevoir son oeuvre, ou la Chine, qu'il découvre en 1950 avant de s'y installer et d'y fonder une famille, et dont il serait, dans les pires heures du maoïsme, le contempteur le plus avisé ?
    De Victor Hugo, Leys disait que l'exil avait été pour lui une « seconde naissance » parce que ce fut la période la plus féconde de son existence. L'Australie ne fut jamais un exil pour Leys, mais elle fut assurément le lieu d'une nouvelle naissance. Pas une deuxième, mais une troisième.
    Car avant de devenir un auteur de langue anglaise, Simon Leys était déjà un écrivain de langue chinoise. Plus encore que les textes qu'il a rédigés dans cette langue, c'est sa calligraphie qui faisait l'admiration des Chinois.
    Aussi est-ce par un juste retour des choses que son oeuvre est publiée en Chine : alors que Leys s'éteignait à Sydney, le 11 août 2014, un éditeur de Shanghai mettait la dernière main à une version chinoise du Bonheur des petits poissons. La première d'une série de traductions en Chine populaire.

  • Début 1941 : des groupes de militaires, d'hommes politiques et d'intellectuels échafaudent chacun de leur côté des plans de résistance à grande échelle sur le plateau du Vercors. De tous horizons politiques et sociaux, ces hommes sont unis par des objectifs communs : vaincre l'occupant, restaurer la fierté de la France et faire du Vercors le lieu de naissance d'une nouvelle République.
    Grâce aux armes et aux agents parachutés par les Alliés, ils devront se soulever le jour du Débarquement afin de détourner les Allemands des plages de Normandie. Mais sitôt passés à l'action ils sont abandonnés et laissés seuls face à la puissance de l'armée allemande : quatre mille cinq cents jeunes maquisards mal équipés face à douze mille Allemands lourdement armés.
    Ce livre retrace le parcours héroïque de ces maquisards du Vercors, depuis l'idéalisme des débuts et les premières erreurs de jugement, jusqu'à la trahison des états-majors et au désespoir des combattants pour finir dans un des pires massacres de la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, après une écrasante défaite initiale, les survivants, aussi inexpérimentés, mal dirigés, sous-armés et submergés par le nombre qu'ils soient, parviennent à se réfugier dans la forêt. Traqués par l'ennemi, affamés, ils trouvent les ressources pour riposter et transformer une défaite quasi certaine en une victoire finale.
    Cette histoire est celle de la plus grande bataille livrée par la Résistance durant toute la guerre et celle des représailles les plus brutales jamais infligées par les Allemands en Europe occidentale.
    C'est une histoire d'hommes aux proportions épiques.

  • La Corée du Nord est le pays le plus haï, mais aussi le plus mal connu de la planète. Comprendre les mécanismes d'un système totalitaire sans équivalent par son monolythisme idéologique, l'inscrire dans son espace et dans son temps pour en saisir l'ancrage et décrypter le fonctionnement d'une économie émergente : tel est l'objet de ce livre.
    Kim Il Sung au pouvoir a élevé la lutte de libération au rang de récit fondateur. La résilience de cet «État-guérilla» est à chercher moins dans son caractère stalinien que dans un nationalisme invétéré. La Corée du Nord évolue néanmoins vers une économie de facto de marché, ce qui génère de profondes mutations sociales. Cette évolution ne va pas elle-même sans enjeux géostratégiques majeurs du fait des ambitions nucléaires de Pyongyang, des visées hégémoniques du voisin chinois et du retour de la Russie dans le grand jeu diplomatique.

  • Des shérifs mythiques de l'Ouest au NYPD, des Texas Rangers au FBI, les forces de police américaines sont célèbres dans le monde entier. Véritables produits d'exportation promus par la télévision et par le cinéma, elles sont souvent prises pour modèles à l'étranger. Pourtant, si elles ont parfois été créditées de résultats exceptionnels, comme à New York dans les années 1990, elles sont aujourd'hui plus que jamais accusées de brutalité et de racisme institutionnel. Les manifestations de Ferguson et les images d'abus filmés par les téléphones portables ont porté leur réforme au coeur du débat politique américain et en ont fait une des questions les plus clivantes dans l'opinion.
    Malgré cette centralité, elles sont mal connues du public, surtout hors des frontières des États-Unis. Le présent ouvrage vient de manière synthétique combler cette lacune. Faire la police, enjeu de pouvoir, est aussi faire société. En replaçant l'histoire du maintien de la loi et de l'ordre dans ses déterminants constitutionnels, en étudiant l'image des polices projetée par elles-mêmes, par la fiction et aujourd'hui par les réseaux sociaux, en examinant enfin les attaques dont elles font l'objet et les transformations qui en résultent, Didier Combeau apporte ici un éclairage indispensable à la compréhension des réalités américaines.

  • Entre le décret du 12 novembre 1938, qui permit d'interner les " indésirables étrangers " dans des centres spécialisés, et la libération du dernier interné en 1946, six cent mille hommes, femmes et enfants ont été enfermés dans les camps français.
    Denis peschanski fait ici l'histoire d'un phénomène à la fois durable et massif, que de rares ouvrages pionniers n'avaient abordé que partiellement. républicains exilés de la guerre d'espagne, puis " ressortissants des puissances ennemies " - qui, pour la plupart, avaient fui les persécutions antisémites et la répression politique -, enfin quelques centaines de communistes français furent les premiers à subir des mesures d'exception nées de situations d'exception.
    Avec l'instauration du régime de vichy et l'occupation, communistes, juifs et tsiganes, ainsi que les droits-communs et les marché-noir devinrent les victimes de la politique d'internement. a partir de l'été 1942, suivant la logique d'extermination de la solution finale, les camps se transformèrent en antichambres de la mort pour soixante-quinze mille juifs de france déportés à auschwitz. ils furent remplacés, à la libération, par tous les suspects de la collaboration.
    La france des camps, à partir d'une cartographie précise, dessine ainsi la géographie inattendue d'un archipel. deux cents camps, avec leurs bâtiments, leurs aménagements, une administration, des ministères de tutelle aux gardiens, des rapports socio-économiques avec leur région, une société internée, des solidarités, une entraide officielle et non officielle, dont la description concrète est permise par des archives abondantes, auxquelles s'ajoutent les témoignages poignants des internés eux-mêmes.
    Un épisode crucial de l'histoire de la france en guerre est là retracé, face aux simplifications des reconstructions mémorielles, dans sa diversité, sa complexité : son exacte réalité.

  • Des palais de la monarchie des Habsbourg aux chambres de torture de l'Union soviétique, ce livre fait le récit d'un vie hors du commun, suspendue entre l'effondrement des empires centraux, consécutif à la Première Guerre mondiale, et l'émergence de l'Europe moderne.
    William de Habsbourg, le Prince rouge, porta l'uniforme d'un officier autrichien, l'habit de cour d'un archiduc de Habsbourg, le simple costume d'un exilé parisien, le collier de l'ordre de la Toison d'or et, de temps à autre, une robe. Il parlait le polonais dans lequel il avait été élevé, l'italien de sa mère, l'allemand de son père, l'anglais de ses amis britanniques de sang royal et l'ukrainien de la terre sur laquelle il espérait régner.
    Parvenu à la majorité pendant la Grande Guerre, il avait rejeté sa famille pour se battre aux côtés des Ukrainiens. Quand le rêve de devenir leur roi s'effondra, il devint tour à tour un allié des impérialistes allemands, un célèbre noceur français, un monarchiste autrichien enragé, un adversaire de Hitler et un espion de Staline pour le compte des Anglais et des Français.
    Sur fond de capitales européennes et de champs de bataille, de stations de ski et de cellules de prison, Le Prince rouge saisit un moment unique de l'histoire de l'Europe où l'ordre ancien cède brutalement la place à un avenir incertain dans lequel toute chose, y compris l'identité elle-même, semble à saisir

  • Bernard Faÿ n'est plus guère connu aujourd'hui que pour son rôle dans la répression de la franc-maçonnerie sous le régime de Vichy. Son action à la tête de la Bibliothèque nationale de 1940 à 1944 lui valut les travaux forcés à la Libération. Intrigué par le destin de cet intellectuel passé de Proust à Pétain et de l'avant-garde à la collaboration, Antoine Compagnon, Faÿ fut un lointain prédécesseur à l'université Columbia de New York, puis à Paris, au Collège de France, renouvelle en profondeur une enquête entamée par les historiens. Car l'homme demeurait très mystérieux. Quels démons ont pu pousser cet américaniste éclairé, ouvert au monde moderne, familier de Gide, Cocteau, Crevel et Picasso, intime de Gertrude Stein, aux engagements les plus funestes auprès des autorités d'occupation et de leurs complices français, aux compromissions les plus basses avec la police et la SS ? Comment cet homme de haute culture, infirme et esthète, inverti et religieux, a-t-il pu consentir à l'ignominie de la délation ? Et pourquoi ne s'est-il jamais repenti ? Tragique époque, ténébreux caractère, troublant portrait.

  • Cette première biographie en français de Madame Chiang Kai-shek révèle une vie hors du commun. Née Mayling Soong en 1898 à Shanghai, morte à 105 ans à New York, la première dame de la Chine républicaine joua un rôle si déterminant dans l'histoire de son pays qu'un journaliste put écrire : «Le plus grand homme d'Asie, c'est elle.» À partir de nombreuses sources inédites et d'enquêtes de terrain, Philippe Paquet corrige le jugement négatif trop volontiers porté sur le couple Chiang. À l'heure où, en Chine même, celui-ci fait l'objet d'une réhabilitation officielle pour son patriotisme et sa contribution à la modernisation du pays, l'auteur dépeint en Madame Chiang plus qu'une femme d'action, d'influence et de pouvoir, une véritable femme d'État.
    Chiang Kai-shek aurait-il connu le même destin sans sa femme? Elle lui apporta l'argent de la bourgeoisie shanghaïenne, l'associa par alliance au père de la République, Sun Yat-sen, et lui procura, via le réseau missionnaire, une reconnaissance internationale. Sans la fascination des Américains pour cette Chinoise chrétienne éduquée aux États-Unis le soutien de Washington au Kuomintang n'aurait pas été aussi massif ni aussi durable. L'histoire de la Chine en aurait été changée.

  • Personne ne saura jamais ce qui s'est passé dans la tête et le coeur des Français le 8 janvier 1996, à l'annonce de la mort de François Mitterrand.
    Mais on a vu - dans le psychodrame national, dans la double cérémonie de Notre-Dame et de Jarnac - refleurir avec abondance la métaphore historique des " deux corps du roi ".
    Fallait-il la prendre au pied de la lettre ou à tout le moins la prendre au sérieux ? C'est, en somme, le sujet même de ce livre, sorti d'un séminaire tenu au chaud dans le cadre de l'Ecole des hautes études en sciences sociales. De la réponse qu'on donnera à cette question dépend l'idée qu'on se fera du pouvoir et de son dépositaire dans le monde contemporain.
    Le sous-titre du livre dit assez sa méthode.
    Fondée sur l'étude structurelle de la mort de l'ancien président de la République, la comparaison s'imposait avec le passé : la Révolution française, de la mort de Louis XVI à celle de Marat ; la IIIe République, où se met en place le cérémonial national autour de la mort de Gambetta, de Félix Faure, des funérailles du maréchal Foch. Et la comparaison dans l'espace avec des chefs d'Etats de statuts divers - de la " canonisation " de Lénine à l'héroïsation de Kennedy, de la mort annoncée de Franco à celle, inattendue et télévisuelle, du Brésilien Neves - permettait de distinguer entre ce qui, dans cette affaire, peut passer pour une constante de l'époque et ce qui relève de la spécificité française ou de la nature sacrée du pouvoir.

  • Découvrez Le cas Eichmann - Vu de Jérusalem, le livre de Claude Klein. Il y a cinquante ans, le 31 mai 1962, Adolf Eichmann était exécuté dans une prison près de Tel-Aviv. Son procès fleuve, ouvert à Jérusalem un an auparavant, le 11 avril 1961, a fait de lui le symbole même de la Shoah : nul plus que lui n?est à ce point identifié à l?extermination des Juifs. Comment ce personnage, que beaucoup se sont plu à présenter comme falot, dépourvu d?intelligence, a-t-il pu devenir l?incarnation même du Crime ? C?est en juriste que Claude Klein tente de répondre à la question par une analyse de la conduite du procès, du jugement et, finalement, des polémiques qui les ont accompagnés. Surtout, l?auteur les présente dans leur cadre israélien. Le cas Eichmann apparaît dès lors sous un jour nouveau, l?auteur soulignant à quel point il a contribué à façonner l?Etat d?Israël dans sa revendication à représenter le peuple juif. Au-delà, Claude Klein se demande si le procès Eichmann ne pourrait être perçu comme un maillon d?une chaîne qui, de Nuremberg, mène au Tribunal pénal international et à la compétence universelle. Une compétence qui, par un curieux retournement de l?Histoire, menace aujourd?hui de frapper certains des dirigeants d?Israël lors de leurs déplacements à l?étranger en raison de poursuites intentées contre eux dans plusieurs pays.

  • L'image du général de Gaulle a connu d'étranges retournements. L'homme d'État de son vivant le plus contesté est devenu après sa mort le plus incontestable. Celui qui avait si longtemps passé pour le diviseur de la nation est devenu le sauveur de la République, l'incarnation même de la France.
    L'historien britannique Sudhir Hazareesingh éclaire ici les étapes et les moyens de cette métamorphose en exploitant les riches fonds des Archives nationales et de la Fondation Charles de Gaulle, en particulier l'immense correspondance du Général récemment ouverte.
    Adossé aux grands précédents de l'histoire de France - Jeanne d'Arc, Louis XIV, Napoléon -, le mythe gaullien se distingue par sa capacité à transcender les clivages. Ce faisant, il marque, selon l'auteur, la forme la plus achevée du mythe politique national dans la France contemporaine.

  • Georges Boris, conseiller de grands aussi dissemblables que furent Léon Blum, de Gaulle puis Mendès France, a eu un rôle déterminant pendant trente ans, de 1930 à 1960, presque exclusivement dans les coulisses de la République. Si l'historien l'y rencontre à chaque pas, bien peu sont ceux qui s'en souviennent. C'est à faire sortir de l'ombre où s'est volontairement tenue cette figure éminente que s'emploie Jean-Louis Crémieux-Brilhac, avec la précision et le talent qu'on lui connaît depuis Les Français de l'an 40. Observateur de son temps, économiste prémonitoire découvreur de Keynes et contempteur des apôtres du laisser-faire, socialiste devenu le directeur du cabinet de Léon Blum où il eut à subir, comme bien d'autres 'juifs d'Etat', des campagnes infâmes, investi ensuite de la confiance de De Gaulle dans les jours les plus sombres, militant pur et dur de la France Libre et copilote de 'l'insurrection nationale' dans une Angleterre base d'appui des résistances européennes, Georges Boris allait être enfin et jusqu'à sa mort l'alter ego de Pierre Mendès France dans sa tentative pour infuser un sang neuf à la Ive République. A travers le récit de ce parcours politique dont il a été témoin dans la France Libre, Jean-Louis Crémieux-Brilhac raconte ici autrement, de l'intérieur, ces années tumultueuses de l'histoire nationale, jetant une lumière neuve sur nombre de ses aspects connus ou obscurs et qui mériteraient de nourrir la réflexion de nos contemporains.

  • Faire l'histoire de la France Libre n'est pas seulement en restituer l'esprit. C'est en distinguer les composantes et les époques, en reconstituer les multiples facettes diplomatiques, militaires, idéologiques, politiques - et ne négliger aucune des lourdes questions qu'elle soulève : son rôle et son poids dans un conflit planétaire, sa légitimité à « être la France » tant vis-à-vis de Pétain que des alliés, sa stratégie vis-à-vis de l'intérieur, sa capacité d'anticiper l'avenir national. Faire l'histoire de la France Libre, c'est, aussi, poser sur la Résistance extérieure l'oeil neuf que les historiens ont déjà su poser sur la Résistance intérieure. Pour la première fois. Faire l'histoire de la France Libre, c'est, enfin, explorer à travers le mythe ce que peut être le rôle d'un homme d'exception dans l'Histoire.

  • Le premier tome brosse le tableau des mentalités de guerre sur fond des années trente, du Front populaire et de Munich : les divisions de l'opinion devant l'Allemagne nazie, les incertitudes d'une nation anémiée physiquement et moralement et qui, mal remise de la saignée de la Grande Guerre, affaiblie par des années de médiocre politique, écartelée entre la crainte du communisme et la tentation fasciste, rongée de xénophobie et d'antisémitisme, se réfugie dans l'attentisme pour se lancer finalement au combat, à l'avant-garde des démocraties, à travers l'épreuve douteuse de la «drôle de guerre».
    Le second tome scrute attentivement les deux fronts dont dépendait le sort du pays : industriel et militaire. Qui incriminer, si, en mai 1940, l'armement était incomplet, l'aviation insuffisante, la mécanisation manquée, la stratégie et la tactique inadaptées, le moral incertain et l'esprit d'offensive mal soutenu ? L'auteur met en lumière - autres apports de l'ouvrage - le formidable effort de guerre entrepris à partir de septembre 1939 par le ministre de l'Armement Raoul Dautry ; comme il montre, des Ardennes à la mer, le sursaut final des combattants de mai-juin 1940. Mais dans les deux cas, trop tard. L'histoire n'attend pas.

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