Gallimard

  • Parce que l'histoire nationale et internationale a marqué de ses traces l'espace français, voici un premier inventaire de ce que le promeneur peut encore en voir. Grottes, rues, ruines, bâtiments, plaques, monuments commémoratifs, sites guerriers ou paysages champêtres retournés à l'agriculture après avoir été labourés par les guerres, le lecteur trouvera au fil des pages comme à celui de ses pas les lieux qui à leur manière racontent des événements - majeurs ou secondaires Car la grande histoire et ses violences ont parfois détruit toute trace alors que des événements de portée plus limitée se lisent toujours dans notre environnement. Telle est la raison de cette anthologie des notices extraites des diverses éditions du célèbre Guide Vert Michelin : que le lecteur, de l'espace qu'il visite, puisse remonter à l'histoire qui s'y raconte.

  • Qu'en est-il de l'économie dans les sociétés primitives ? À cette question fondamentale, la réponse classique de l'anthropologie économique est la suivante : l'économie archaïque est une économie de subsistance et de pauvreté, elle parvient au mieux à assurer la survie du groupe incapable de sortir du sous-développement technique. Le sauvage écrasé par son environnement écologique et sans cesse guetté par la famine et l'angoisse, telle est l'image habituellement répandue.
    Travestissement théorique et idéologique des faits, réplique ici tranquillement un anthropologue et économiste américain de réputation internationale. Passant des chasseurs australiens et Bochimans aux sociétés néolithiques d'agriculteurs primitifs telles qu'on pouvait encore les observer en Afrique ou en Mélanésie, au Viêt-nam ou en Amérique du Sud, relisant sans parti pris les textes connus et y ajoutant des données chiffrées, Marshall Sahlins affirme, avec autant d'esprit que d'érudition, que non seulement l'économie primitive n'est pas une économie de misère, mais qu'elle est la première et jusqu'à présent la seule société d'abondance.
    Comme le dit Pierre Clastres dans sa présentation : «Si l'homme primitif ne rentabilise pas son activité, c'est non pas parce qu'il ne sait pas le faire, mais parce qu'il n'en a pas envie.» Tout le dossier de la question est à reprendre.

  • «4 janvier 1744. Mère s'est penchée pour prendre mon menton dans sa main. "Ne répétez à personne ce que je vais vous dire, ni à votre frère ni même à Mademoiselle. Compris ?" J'ai acquiescé. "Si vous obenez la faveur du roi, vous et moi devrons quitter la Prusse pour gagner Saint-Pétersbourg où nous rencontrerons l'impératrice Élisabeth. Elle vous a choisie, vous, ma pauvre fille ingrate, pour être la fiancée de Pierre. À moins que vous ne gâchiez vos chances, vous l'épouserez et, un jour, vous régnerez tous deux sur la Russie.»

  • «6 février 1917. J'aimerais tant que mon père m'autorise à venir soigner ses blessés. Même si c'est sans doute un spectacle éprouvant. Mais il dit que je suis trop jeune. Pourtant l'année prochaine, si la guerre n'est pas encore finie, je veux devenir infirmière. J'aurai dix-sept ans, après tout!» La tourmente de la Grande Guerre, à travers le journal intime de Geneviève.
    En fin d'ouvrage, un supplément historique sur les causes et le déroulement du premier grand conflit du XXe siècle.

  • «31 juillet 1781. La représentation terminée, je m'empresse de gagner ma chambre.- Pas si vite, toi là-bas ! Nous avons deux mots à nous dire...- Maman, je nai rien fait, je vous le jure ! Mozart peut bien se fiancer à Josepha, je n'ai rien contre son bonheur.- Mais qui t'a dit qu'on t'accusait de ruiner le bonheur de ta soeur ? N'as-tu pas entendu ce que Mozart a chanté ? Notre Wolfang est amoureux de toi !»

  • Ce Saint Louis de Jacques Le Goff, c'est la rencontre d'une des figures de proue du mouvement des Annales, traditionnellement hostile au culte de la biographie, avec la plus haute figure de l'histoire nationale, le personnage quasi mythologique du roi très chrétien, et même le seul canonisé des «trente rois qui ont fait la France».
    Et pour faire bonne mesure, cette étude approfondie ne se veut - c'est ce qui fait sa puissante originalité - ni la «France de Saint Louis» ni «Saint Louis dans son temps», mais bien la recherche, modeste et ambitieuse, tenace et constamment recommencée, de l'homme, de l'individu, de son «moi», dans son mystère et sa complexité.
    Qui fut Saint Louis ? Peut-on le connaître et, Joinville aidant, entrer dans son intimité ? Peut-on le saisir à travers toutes les couches et les formations de mémoires attachées à construire sa statue et son modèle ? Problème d'autant plus difficile que, la légende rejoignant pour une fois la réalité, l'enfant roi de douze ans semble avoir été dès le départ programmé, si l'on ose dire, pour être ce roi idéal et unique que l'histoire en a fait.
    Cette somme tient ainsi le pari de fondre dans la même unité savante et passionnée le récit de la vie du roi et l'interrogation qui, pour l'historien, le double, l'habite et l'autorise : comment raconter cette vie, comment parler de Saint Louis, à ce point absorbé par son image qu'affleure la question provocatrice, «Saint Louis a-t-il existé ?».

  • «Mayflower, 1620. "Terre en vue!" L'appel de l'homme de vigie déchira l'aube. Nous nous précipitâmes sur le pont. Les marins furent les premiers à l'apercevoir, ligne sombre à peine visible contre l'horizon. Au bout de longues minutes, Hummy et moi commençâmes à la distinquer à notre tour. Ce n'était pas un simple mirage, c'était quelque chose de réel. Certes, le voyage a duré soixante-cinq interminables journées, mais nous violà arrivés. Ceci est le Nouveau Monde; je m'en emplis les yeux pour la première fois.».

    Partagez le journal intime d'Esther et vivez avec elle l'épique voyage du Mayflower, puis la périlleuse installation des premiers colons anglais en Amérique.
    En fin d'ouvrage, un supplément historique sur l'aventure des pionniers qui ont fondé les futurs États-Unis.

  • «14 juillet 1789. En écrivant ces lignes, je crois encore respirer l'odeur forte qui a enveloppé le centre de la ville. Elle provient de la Bastille prise cet après midi. Qui aurait pu imaginer que la fureur populaire s'attaquerait à un tel monument ? À l'atelier, depuis le début de la matinée, ça n'était que clameurs, coups de fusil et hurlements : "A la Bastille!" Dans le noir, à la faible lueur des chandelles, nous avons tiré l'aiguille en redoutant le pire.» Partagez le journal intime de Louise, et vivez avec elle les bouleversements de la révolution française. En fin d'ouvrage, un supplément historique sur cette période fondatrice de l'histoire.

  • «Avril 79. En sortant chercher de l'eau, ce matin, j'ai trouvé un oiseau mort. "C'est le manque d'air, a dit Martia. Un vrai temps de tremblement de terre." Les femmes, à la fontaine, répétaient les mêmes mots : "Un temps de tremblement de terre ! Pas une vague dans le port, pas un souffle de vent." Elle riaient.
    Personne à Pompéi ne redoute les secousses de la terre - elle tremble si souvent ! Et depuis dix-sept ans, aucune maison ne s'est effondrée. » Partagez le journal intime de Briséis et affrontez avec elle la terrible éruption du Vésuve. En fin d'ouvrage, un supplément historique sur l'histoire de la célèbre cité romaine.

  • « 25 septembre 1530. Je venais d'un petit couvent. J'habitais une cellule étroite. Au rythme régulier d'une cloche, j'allais avec mes compagnes habillées de noir, de la chapelle au réfectoire et du réfectoire à la bibliothèque. J'ai désormais changé de monde. Je viens d'entrer dans un univers inconnu. Tout est différent ; les espaces immenses, la foule dans chaque pièce, l'or, les couleurs chatoyantes qui ruissellent des plafonds, sur les vêtements... je ne sais que décrire, par quoi commencer. Où suis-je ? » Partagez le journal intime de Catherine et découvrez avec elle le destin captivant d'une future reine de France. En fin d'ouvrage, un supplément historique sur cette période fondatrice de l'histoire.

  • «Dimanche de Pâques 1859. Liberté. C'est peut-être le seul mot que j'ai appris tout seule. Ici, les gens, ils prient pour la liberté, mais pour pas que Maître Henley connaisse leurs vrais sentiments, ils appellent la liberté "cieux". Tous, ils ont l'esprit fixé sur c'mot: liberté. Mais c'est un mot qui me parle pas, que j'ai encore jamais pu voir.» L'histoire vraie de Clotee, une jeune esclave qui a refusé son sort, à travers son journal intime.

  • «23 septembre 1853. Je me suis réveillée au milieu de la nuit. Mon coeur battait à grands coups. Les mots de papa résonnaient en moi: "la future impératrice d'Autriche". On me l'a dit, mais, jusqu'ici, je n'entendais pas. François-Joseph prenait toute la place, avec son regard bleu, la chaleur de son bras autour de moi. Maintenant, il n'est plus là, et je reste avec ce titre terrifiant. Est-ce que j'ai une tête à être impératrice, moi, la petite Sissi de Possenhofen?»

  • Jeudi 31 octobre 1940. C'est une honte : Pétain a appelé les Français à "collaborer avec les Allemands". Et papa est prisonnier de ces gens avec qui il faudrait collaborer !
    Maman sort souvent sans me dire où elle va, ça m'énerve. Je sais qu'elle fait la queue pendant des heures pour essayer d'acheter de quoi manger parce qu'il n' y a plus grand-chose dans les magasins, mais parfois, j'imagine qu'elle va je ne sais où, faire des choses dangereuses et ça me fait peur.

  • «9 avril 1515. la nouvelle est arrivée tout droit de Paris : le roi François, sa mère, sa soeur, son épouse et toute la cour vont s'installer à Amboise. Mon amie Charlotte m'a regardée, les yeux brillants d'excitation. "J'attends qu'il soit là !" m'a-t-elle soufflé. Je me dis que si le roi fait une telle impression alors qu'il est encore au loin, quel effet va-t-il produire une fois arrivé ici ? Charlotte a peut-être raison. Il y aura mille choses à observer et à décrire. En fait, j'ai bien de la chance d'avoir quinze ans en cette année 1515.»

  • « 27 mai 1804. Cela s'est passé si vite que je n'ai pas eu le temps vraiment d'être impréssionée avant d'arriver devant... l'Impératrice ! J'étais clouée sur place. Le seul mouvement qui m'animait était la chaleur qui me montait aux joues. À ce moment, Mme Bonaparte a souri. Sa bouche, qui est petite, s'est étirée juste un peu et tout son visage a rayonné. Est-ce de la magie? Je jure qu'une force, un charme m'ont touchée et forcée à sourire à mon tour. » Partagez le journal intime de Léonetta, et découvrez avec elle la vie fascinante de l'impératrice Joséphine. En fin d'ouvrage, un supplément historique sur cette période fondatrice de l'Histoire.

  • Pourquoi Mamie Aïssata est-elle formellement opposée aux rites d'initiation ? Mathieu vient de débarquer à Abidjan, en Côtes-d'Ivoire. Ses cousins doivent être initiés au bois sacré, dans le nord du pays. Mais on dit que l'initiation fait encourir des dangers mortels à ceux qui les subissent. Mamie Aïssata arrivera-t-elle à empêcher Yacouba, chasseur et prêtre traditionnel, de ravir sa fille pour l'exposer à ces épreuves initiatiques ?
    Un voyage au coeur des traditions ancestrales de l'Afrique noire.

  • Ce grand livre, consacré aux «gueules cassées» de la Grande Guerre, n'est pas seulement le mémorial des survivants des tranchées. Construit à partir de témoignages de tous ordres, il est aussi un livre d'analyse : il dresse la première évaluation du poids politique réel dans l'entre-deux-guerres d'une France décimée.
    Les Anciens Combattants, moins acteurs que témoins, pèsent par leurs réactions, leurs opinions, leur comportement collectif, et d'abord leur existence même, qui atteste de l'ampleur du traumatisme de la guerre. Ils révèlent ainsi des attitudes et des mentalités largement partagées par les Français des années trente.
    À travers eux s'expriment le souvenir durable d'un massacre sans précédent, des formes de sociabilité, des convictions morales et politiques, des manières d'être qui semblaient naturelles, charriées par un mouvement de masse - ils sont plus de trois millions d'adhérents. À l'image de la nation en armes, on rencontre chez eux des réactionnaires, des autoritaires, quelques révolutionnaires ; mais aux antipodes de l'image qu'on en donne habituellement, loin de l'esprit militaire, des ligues ou du fascisme, ils sont dans leur immense majorité, comme le pays, républicains, patriotes et pacifistes.

  • Judéo-christianisme : l'expression, utilisée à tout propos, a-t-elle encore un sens ? Le phénomène " judéo-chrétien " de coexistence de cultures religieuses se manifesta deux fois : au début, avec les juifs convertis au christianisme qui continuaient à observer leurs rites et plaçaient leurs croyances dans le contexte exclusif de l'Ancien Testament ; puis aux VIe et VIIe siècles, quand le pouvoir civil, au nom de la religion d'Etat, força les juifs à se convertir au christianisme. Si, au commencement, Jésus étant juif et les apôtres aussi, le christianisme fut redevable des convictions du judaïsme du premier siècle de notre ère, toute son histoire depuis lors est celle de son détachement comme un fruit de la branche qui le portait. Sa volonté de se distinguer du judaïsme prend deux voies : avec l'allégorie, il s'approprie le livre du judaïsme, l'Ancien Testament, en le considérant le précurseur et la justification du Nouveau ; avec la formulation dogmatique, l'Eglise présente à l'éventuel fidèle une série de croyances qu'il devra accepter, lui proposant d'emblée la " conversion " à un nouvel ordre de réalités. Judaïsme et christianisme ne constituent pas un tout parce que les deux religions sont extérieures l'une à l'autre même si celle-ci suit de près celle-là ; elles se côtoient, ne se confondent pas. Voilà qui vide de contenu toute forme religieuse d'antisémitisme, puisqu'on ne saurait, au nom d'un tronc commun " judéo-chrétien ", accuser les juifs de nier l'envergure religieuse et culturelle du message chrétien, tant les deux religions sont organiquement différentes l'une de l'autre.

  • Le 9 mars 1661, Mazarin, Premier ministre qui gouvernait pratiquement seul le royaume de France depuis 1643, meurt. Peu d'hommes avaient détenu une puissance aussi grande.
    Le jeune roi Louis a vingt-deux ans, la mort du Cardinal ne l'affecte guère : il chasse, danse, dévore, aime, écoute musique et comédie. Nul se s'attend, alors, au milieu des fêtes de la Cour, à ses deux «coups de maître» : il supprime le poste de Premier ministre, car «rien n'est plus indigne que de voir d'un côté toutes les fonctions, et de l'autre le seul titre de Roi», et annonce dès le 11 mars aux Grands sa «résolution de commander lui-même son État», leur disant que «quand il aurait besoin de leurs bons avis, ils les ferait appeler».
    Puis, le 5 septembre, c'est l'arrestation de Fouquet, dont «les insolentes acquisitions qu'il avait faites ne pouvaient que convaincre du dérèglement de ses ambitions».
    Après le temps des suprêmes anarchies et folies, de l'exubérance, des richesses et des libertés, un État s'installe, avec ses règlements, ses administrateurs désormais aux ordres, ses censeurs et ses encenseurs appointés, ses persécuteurs tonsurés ou bottés : quelque chose d'étouffant, de prétentieux, d'organisé, de glorieux et de triste.
    Louis XIV a pris le pouvoir.

  • Plus que d'autres, les historiens le savent : le pouvoir des mots peut aussi être celui de la confusion.
    Lorsqu'on parle de Vichy, il convient désormais de préciser si l'on entend : le régime installé avec l'ambition de conduire en profondeur, dans un pays occupé, une «Révolution nationale» ; le gouvernement et son administration dont la mémoire nationale, ces dernières décennies, privilégie le souvenir de la déportation des juifs ; ou l'objet de recherches menées par des historiens et dont la perspective globale sur l'époque diverge de plus en plus de celle que nourrit la justice.
    C'est à une traversée de ces trois acceptions qu'invite l'ouvrage d'Henry Rousso, reflet de plus de vingt ans de recherches et de travaux consacrés aussi bien à l'impact de l'événement sur la société (à travers l'économie, la politique et la culture), qu'à la postérité de l'événement (du bilan des épurations militaires, civiles et administratives au sortir de la guerre jusqu'aux tentatives contemporaines de juger ce passé dans les prétoires).
    Une réflexion, en quelque sorte, sur les manières d'écrire l'histoire contemporaine comme les usages qu'en font les générations successives.

  • On ne saura jamais si le coup de couteau de Ravaillac fut le geste d'un esprit déséquilibré ou I'oeuvre d'une machination occulte dont il n'aura été que le bras armé. Roland Mousnier ne se contente pas de restituer le portrait moral de cet étrange meurtrier, sa foi ardente, sa piété, sa fragilité, ses hallucinations morbides. Pour éclairer le sens et la portée de cet événement inouï, il interroge aussi les passions politiques et religieuses qui travaillaient à l'époque tous les " Ravaillac de coeur " dont le moine régicide se serait fait sans le savoir l'instrument involontaire.
    Balayant l'image du " bon roi Henri " aimé de ses sujets, ce livre décrit les tensions, les frustrations, les ressentiments suscités par la personne et la politique du monarque : sa légitimité contestée, l'incertitude sur la sincérité de sa conversion, les doutes sur sa volonté d'éradiquer la " souillure " hérétique ; ou encore la pression fiscale qui lésait beaucoup de monde, empiètement royal sur les prérogatives de la noblesse, l'exercice de plus en plus absolu du pouvoir... Autant de traits qui faisaient passer le roi pour un tyran et rendaient légitime, aux yeux de certains, l'impératif de le mettre à mort. Ces pulsions régicides conduisent l'auteur à proposer une analyse lumineuse, et jamais dépassés. des théories du tyrannicide depuis l'Antiquité.
    La mort du roi n'a pas ressuscité la monarchie dont Ravaillac avait rêvé ; elle contribua au contraire, écrit Arlette Jouanna dans sa préface, à émanciper l'Etat de l'emprise des passions religieuses, à renforcer le pouvoir absolu et à sacraliser comme jamais auparavant la ligure du prince.

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